"LA VOCATION DU QUAI M ? TE FAIRE SORTIR DE TA ZONE DE CONFORT MUSICALE"
Certain·es le savent, d’autres moins mais le Quai M est porté par une association à but non lucratif, l’association Fuzz’Yon. En mai 2025, elle comprend 121 adhérent·es - et notamment une centaine de bénévoles qui se relaient les soirs de concert pour faire vivre le lieu - un conseil d’administration de 14 membres dont Jean-François Rousseau est le président depuis le printemps 2025.
En cette fin de matinée de fin d’année, c’est avec ce dernier que nous avons rendez-vous.
Jean-François Rousseau a fait le trajet qui sépare le lycée Mendès-France - où il est professeur d’Histoire-Géographie - du lieu de rendez-vous à vélo. À peine relève-t-il sa silhouette longiligne de l’arceau autour duquel est attaché sa monture que la discussion s’engage déjà.
On ne le sait pas encore mais celle-ci durera presque 2 heures. Le garçon est bavard, impliqué, en réflexion perpétuelle sur son rôle de président et sur celui de la SMAC notamment sur les territoires. Pas de doute, Jean-François aime le Quai M, celles et ceux qui le composent, et la musique qui y est jouée.
Adèle Fugère (AF) : Prends-tu ton rôle de président à cœur?
Jean-François Rousseau (J-FR) : Oui, très. Surtout que dans l’absolu, je ne suis élu que pour un an. Chaque année, tu réinitialises tout. Tu remets dans la balance ton implication et surtout ton envie. Et je trouve ça plutôt sain.
AF : Mais toi, tu es un président encore « vert » (rires) puisque tu as été élu seulement au printemps dernier.
J-FR : Oui. Et j’ai envie de continuer. Mais tu sais, je ne découvre pas le Quai M. Je connais les rouages depuis un certain temps maintenant. Ça remonte même à la salle du Fuzz’Yon. Avant d’être président, j’étais le secrétaire de l’association. Et c’était déjà du boulot ! (rires).
AF : Comment définirais-tu ton rôle de président ?
J-FR : Tu vas rire, mais je vois l’association comme une sorte de Conseil constitutionnel ! Un endroit où existe une certaine sagesse et un certain esprit.
AF : De quel esprit parles-tu ?
J-FR : Un esprit ouvert sur tous les styles de publics, sur la découverte de nouveaux et nouvelles artistes, de nouvelles propositions artistiques et notamment locales. Tout cela dans un souci humaniste.
AF : Ces notions humanistes dont tu parles et auxquelles apparemment tu es très attaché, concrètement ça se manifeste comment au sein du Quai M?
J-FR : Les ressources humaines par exemple. En tant que président de l’association Fuzz’Yon qui porte le Quai M, je m’implique dans le recrutement des futur·es salarié·es. Dans les entretiens que nous menons avec les candidat·es, la question de l’engagement associatif - je dirais même plus de l’esprit associatif - est centrale. En tout cas, j’y apporte beaucoup d’importance. Je crois qu’il faut être très conscient que nous sommes les garant·es d’un modèle économique singulier. Et personnellement, je suis très fier de cet équilibre association-subventions. Quand on voit la qualité de ce que propose le Quai M sur place mais également sur les territoires, ça veut dire que ça marche !
AF : Quand tu parles de territoires, ça veut dire quoi ?
J-FR : On essaye, par exemple, de travailler avec des producteurs locaux. De proposer des bières du coin les soirs de concert. Il existe aussi des ateliers dans les EHPAD. En tout cas, tout ce qu’il se passe hors les murs, c’est très important pour moi. Je pense même que c'est l’un des enjeux de ces prochaines années pour le Quai M.
Il y a un festival que j’aime beaucoup qui s’appelle « À l’abordage ». Le Quai M propose des concerts dans des écoles de l’Agglomération yonnaise. Et j’aimerais vraiment qu’on puisse monter d’un cran. Que ça « irrigue » davantage. Je suis très sensible à cette dimension territoriale, locale, au-delà même de la simple ville de La Roche-sur-Yon. Au Quai M, les soirs de concerts, je croise régulièrement des habitant·es de Thorigny ou de La Chaize-le-Vicomte. Et je sens qu’ils et elles en ont fait LEUR salle. Et ça, ça me fait vraiment plaisir.
AF : D’ailleurs, je crois savoir que tu es très présent les soirs de concert au Quai M. C’est important d’être là ?
J-FR : Oui, je crois. En tout cas, pour moi ça l’est. Ça fait partie de l’esprit dont on parlait tout à l’heure. Et puis c’est important notamment vis-à-vis des bénévoles qui sont là, de 18h à 1h du matin, après leur journée de boulot. Ils et elles sont souriant·es. Ils et elles te servent un verre. Ils et elles te parlent. C’est la moindre des choses d’être avec eux et elles. Et puis c’est du plaisir !
Mais je vais aussi voir les salarié·es. J’aime bien faire mon petit tour avant un concert.
AF : C’est-à-dire ?
J-FR : J’aime bien sentir la salle pendant la préparation. J’aime bien monter sur le plateau. Je croise « les gars ». On discute. Je suis très conscient de représenter l’association qui est leur employeur. Je trouve ça important d’être là.
AF : Comme un rituel en quelque sorte…
J-FR : Oui, c’est ça. C’est assez dingue à voir d’ailleurs. Les avants-concerts, c’est comme une fourmilière bien huilée. Et il faut aussi se rendre compte que le Quai M ne fonctionne pas que les jours de concert. Il y a tout le travail sur l’année qui est réalisé et notamment par ceux et celles qui travaillent dans les bureaux. Et je peux vous dire que tout est très bien tenu.
AF : Y-a-t-il, selon toi, des choses à changer, à améliorer ou à mettre en place ?
J-FR : En ce qui concerne les concerts, il n’y a pas grand-chose à dire. La programmation de Benoit Bénazet est impeccable. Je considère que le Quai M est désormais sur des rails. Mais j’aimerais impliquer les bénévoles autrement. Qu’ils et elles aient la possibilité de s’engager sur d’autres temps que celui du bar les soirs de concert. Pourquoi pas sur la bourse du disque par exemple ? J’aimerais également qu’on mette plus en avant les studios de répétition. Créer un temps fort autour de cela. Toujours avec les bénévoles. C’est actuellement en réflexion.
AF : Quel est ton rapport à la musique ?
J-FR : J’ai 56 ans. Je suis le petit dernier d’une fratrie de 8 enfants. On n’est pas du tout musicien·nes mais depuis tout petit, j’ai toujours entendu de la musique à la maison parce que mes frères et sœurs en écoutaient beaucoup. Ils et elles ramenaient des vinyles. Et je découvrais, grâce à eux et elles, des groupes des années 60-70. Et ça me transportait ! J’écoutais The Doors alors que plus personne de ma génération ne le faisait. Tout le monde trouvait ça ringard alors que moi je trouvais ça merveilleux. Et depuis, la musique, c’est quotidien chez moi. Je peux avoir une journée un peu moyenne. Je mets un disque et ça me transporte. Ça me répare. C’est thérapeutique.
AF : À ce point ?
J-FR : Oui, vraiment. Et tu vois, j’ai beau avoir 56 balais, ça me plait toujours autant d’écouter et surtout de découvrir.
AF : Et justement, le Quai M t’a-t-il fait découvrir des musiques, des artistes ?
J-FR : Mais tellement ! Je crois d’ailleurs que c’est ce qu’il me plait le plus au Quai M. C’est la découverte. Je me suis pris de ces claques ! Notamment dans le Club.
AF : Comme qui par exemple ?
J-FR : Ces dernières années ? Forever Pavot. Un truc que je n’avais jamais entendu ailleurs. Un talent fou. J’en ai parlé pendant des jours. J’ai été aussi très marqué par des présences féminines fortes comme En Attendant Ana. Un sens des mélodies assez incroyable. Un saxo qui arrive quand tu ne t’y attends pas… Formidable ! Porridge Radio aussi. Et c’est ça la vocation première du Quai M. Te faire sortir de ta zone de confort musicale. Te proposer d’autres univers et surtout aimer cela.
AF : Le prochain concert attendu au Quai M ?
J-FR : Celui de Bertrand Belin. Il me fait penser à Jacques Tati avec son jeu de scène et son jeu d’acteur. J’aime beaucoup ce garçon.
AF : Dernière question, si tu devais résumer en 3 mots le Quai M
J-FR : FRATERNITE parce que les publics sont multiples. Et je trouve qu’à chaque fois, il y a une belle synergie entre les personnes. QUALITE pour la programmation. Et ENGAGEMENT. Celui des salarié·es, des bénévoles, des publics.
Je trouve qu’en ce moment, au-dessus du Quai M, les planètes sont pas mal alignées.