QU'EST-CE QUE T'AIMES AU QUAI M ?
Avril 2026
Quand on y réfléchit, le Quai M c’est un équilibre. Une harmonie. Un accord entre un lieu, une proposition musicale, culturelle et un public. C’est ce dernier que nous avons décidé, ici, de mettre en avant. Tous les mois, on discute avec l’un ou l’une d’entre vous. Habitué fidèle ou spectateur occasionnel. Et on se pose une question très simple. Qu’est-ce que t’aimes au Quai M ?
Stéphane Guillaud est déjà attablé devant son premier café quand j’arrive à sa hauteur. Stéphane ne plonge pas sa pierre de sucre dans sa boisson chaude. Non. Il la croque avant de tremper ses lèvres dans le breuvage. Il fera la même chose pour le second.
De prime abord, il ressemble à un sage, jeune (Stéphane n’a que 57 ans) mais un sage quand même. Qui aime la musique. Il parle doucement. Lentement. Il semble choisir chacun de ses mots. Et je ne suis pas étonnée quand il m’annonce qu’il travaille dans l’enseignement. Il aime dire qu’il fait de l’éducation professionnelle auprès des 13-14 ans qui commencent un apprentissage. Son « truc » c’est l’orientation et la transmission.
Adèle Fugère (AF) : Comment as-tu découvert le Quai M?
Stéphane Guillaud (SG) : Par le journal de chantier réalisé, à l’époque, par des élèves du lycée Mendes-France de La Roche-sur-Yon. J’aimais bien le lire et suivre l’avancée des travaux. Je viens du bâtiment. Notamment des métiers du bois. Donc ça m’intéressait. J’ai d’ailleurs visité le chantier. Et c’est là que j’ai pris conscience que ça allait être vraiment pas mal.
AF : Est-ce que ça s’est confirmé quand tu es allé à tes premiers concerts?
SG : Oui. J’aime bien la salle Delta. Je la trouve belle et accueillante. Et je ne pouvais qu’être sensible à cette charpente en bois. C’est quand même très agréable à regarder.
AF : Est-ce que tu viens souvent?
SG : Assez. Ce n’est pas très loin de chez moi. Je viens à pieds ou à vélo. Le sport et la musique sont mes deux piliers.
AF : Quand tu dis « assez », ça veut dire quoi?
SG : C’est plusieurs fois par mois (je saurai que Stéphane a fait 14 concerts au Quai M en 5 mois). Je mets 200 euros par semestre pour voir toutes sortes d’artistes. C’est ma petite fourchette à moi.
AF : Donc la musique c’est très important…
SG : Mon père était musicien amateur. Il faisait de la trompette. Ma mère jouait de l’orgue dans les églises. J’ai été baigné dedans tout petit. À 7 ans, j’ai commencé à faire évidemment de la trompette. Plus tard, j’ai touché au synthé. À la batterie. À la guitare. D’ailleurs, j’aimerais bien être meilleur à la guitare. Je galère avec le travail du manche. La position des mains… Ça devient une véritable obsession (rires)! Bref, je me retrouve beaucoup dans la musique. Elle est très importante pour moi. Essentielle. Comme le sport. Elle me recentre. Elle me fait du bien. J’ai connu quelques galères dans ma vie et elle a toujours été une sorte de point d’ancrage.
AF : Est-ce que le fait de venir au Quai M, c’est aussi pour toi une façon d’apprendre?
SG : En quelque sorte, oui. Je suis naturellement attiré par les concerts de rock même si j’aime aussi tout ce qui est latino. J’ai fait de vraies découvertes dans Le Club. Et quand je vais voir un concert, je regarde comment le guitariste ou le bassiste jouent de leur instrument notamment pour voir comment ils placent leur main sur le manche. Quand je te disais que c’est une obsession (rires)! J’aime bien aussi côtoyer et profiter des master class de Julien (Perrocheau) et Thibaud (Dubois), les régisseurs des studios du Quai M. J’aime l’idée que, pour une fois, c’est moi qui suis l’apprenant. Dans mon métier c’est l’inverse. Et j’ai besoin de m’instruire, de comprendre, de m’initier.
AF : Si tu viens aussi régulièrement au Quai M, c’est que tu y trouves quelque chose, non?
SG : J’aime le côté « rituel » du Quai M.
AF : C’est-à-dire?
SG : C’est comme un rendez-vous. J’achète mes billets souvent longtemps à l’avance. Donc c’est quelque chose de programmé. De prévu. D’ailleurs, il m’est arrivé de manquer des concerts pour X raisons. Je n’aime pas ça. Ça me perturbe. J’ai l’impression de ne pas avoir honoré quelque chose qui, pourtant, était noté dans mon agenda. Comme si j’avais fait faux bond à quelqu’un. Quand je vois Elodie à l’accueil, souvent je m’excuse (rires)! Et pour être très honnête, j’ai quand même un problème avec les premières parties. Je suis toujours en retard. Je n’arrive pas à arriver à l’heure pour en profiter.
AF : Est-ce que tu as fait découvrir le Quai M à d’autres?
SG : Oui, à ma fille notamment. Et je prends régulièrement des places pour les amis.
AF : Comment ça?
SG : J’achète des places et je les offre. Pour faire plaisir. C’est, pour moi, la meilleure façon de faire découvrir une salle de concert, un artiste ou un groupe. Au lieu d’en parler, j’offre des places et je dis « allons voir ». Parce que c’est quoi le fondement même de la musique quand on y réfléchit? C’est de partager. Et si, en plus, on peut boire un coup c’est encore mieux. Parce qu’il y a la programmation musicale, l’expérience de la salle mais il y a aussi tout le reste. L’ambiance, les gens que tu rencontres. Le Quai M c’est un lieu de vie. Ce n’est pas juste entrer et sortir. C’est de la détente. Je vais te donner un exemple. Il y a quelques temps, j’étais au bar du Quai M et je suis tombé nez à nez avec un cousin que je n’avais pas vu depuis 25 ans! C’était vraiment le dernier endroit où je pensais le croiser. On s’est raconté nos vies. Sur la terrasse.
AF : Est-ce que tu as des petites habitudes quand tu viens?
SG : J’achète toujours le t-shirt du concert et je garde mes billets. Ce sont mes souvenirs de musique.
AF : Et pour finir, Stéphane, la question rituelle. Si tu devais qualifier le Quai M en trois mots.
SG : D’abord « musique ». Je dirais même « écoute ». Quand je vais au Quai M, j’écoute. Je profite. Et j’apprends. Ensuite « détente » ou « décontraction ». Et enfin « rencontre ». Rencontre d’un univers musical, d’un artiste. Rencontre des autres aussi.
Je pourrais trouver quelque chose à redire. Mettre un petit bémol. Moi, par exemple, un type derrière sa platine, ce n’est pas trop mon truc. Le Quai M en programme parfois. Moi, j’aime les vrais instruments sur scène. Mais je suis conscient qu’il faut de tout pour faire une programmation. Je suis quelqu’un de positif. Je préfère donc mettre un petit dièse. On augmente d’un demi-ton. Je trouve ça plus joli que le bémol.