Médiation
 

EN IMMERSION DANS LE JOURNAL DE CHANTIER DU QUAI M

PAR ADÈLE FUGÈRE
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Depuis la rentrée scolaire 2020, des lycéens de Mendès-France à La Roche-sur-Yon couvrent, en tant qu’apprentis-journalistes, les travaux de la future SMAC (Salle de Musiques Actuelles) le Quai M. Deux numéros « papier » de ce journal de chantier sont déjà sortis. Le troisième et dernier opus est actuellement en cours de rédaction et de conception. Dernière ligne droite avant une diffusion en juin, l’échéance du bac de français et l’ouverture officielle de la salle. Immersion à quelques semaines de la « dead line ».

C’est au CDI (Centre de documentation et d’information) de Mendès-France que la vingtaine de lycéens de Première se regroupe tous les jeudis, entre 13h et 14h dans une salle rebaptisée pour l’occasion « salle de rédaction » à l’instar de celle que l’on trouve dans tout média. Car ici pas de cours magistral mais un travail d’équipe où règne une certaine effervescence à quelques jours de la sortie de l’ultime numéro.

Depuis quelques semaines maintenant, chaque élève sait ce qu’il a à écrire. Certains sont dans la retranscription d’interviews réalisées auprès d’artistes ou de techniciens ; d’autres rédigent les premières lignes d’un article sur l’accueil des personnes en situation de handicap ; quand les derniers s’attellent à la problématique des bars dans les salles de concert. Chacun connait l’angle d’attaque de son article. Les sources sont notées sur un coin de post-it pour ne pas être oubliées et l’iconographie  –  voire l’illustration  –  se discute entre deux brouillons de paragraphes à coup de « moi je verrai plutôt cette photo… » ou de « moi plutôt celle-là parce qu’on en parle dans le chapeau ».

L’apprentissage du journalisme

Car oui, depuis le début de cette aventure, ces lycéens ont acquis des réflexes de « journaleux ». Ils se sont familiarisés avec un certain jargon, une mécanique d’écriture, une manière de poser des questions. Et c’est assez émouvant de constater l’évolution de certains qui, à l’époque des balbutiements du journal, n’osaient presque pas dire deux mots, et qui aujourd’hui gèrent un entretien sans aucun souci.

Parce que rédiger, écrire un article, retranscrire les propos des autres sans les dénaturer n’est pas une mince affaire. Cela s’apprend. Cela se travaille. Cela s’organise. Et même si on ne leur demande pas d’être la prochaine Florence Aubenas ou le prochain Frédéric Gershel, un journal ça se remplit. Mais pas n’importe comment et surtout pas avec du vide.

Conseillés, guidés, accompagnés

C’est pour cela que nos apprentis-journalistes sont aidés et encadrés.

D’abord par deux de leurs enseignants, Jean-François Rousseau, professeur d’Histoire (et pour l’anecdote, féru de musique) et Eva Born, professeure de Français. Deux visages qu’ils connaissent bien  –  même s’ils ont souvent été masqués – et qui chacun, à travers leur discipline respective, les accompagne, les conseille dans la conception de leur article, la hiérarchisation de leurs propos et la mise en mots. Ce sont des guides comme Estelle Marie, responsable des actions culturelles au Quai M, dont le journal de chantier en est un bel exemple. Estelle est la caution de vérité. Elle connaît tout des étapes de la construction de la salle. Elle connaît tout du Quai M, et peut donc apporter de la matière, de la consistance dans certains articles, et mettre en relation, par exemple, l’architecte avec les lycéens qui souhaitent lui poser des questions en vue d’une rédaction. Elle est aussi la maitresse du temps, de ce compte à rebours stressant mais nécessaire que tout journaliste connaît afin que le numéro soit dans les mains des lecteurs en temps et en heure.

A ces trois « vigies » s’ajoutent une quatrième : le ou la journaliste qui – soyons totalement transparente ici – est votre serviteur. Son rôle : faire rentrer les vingt lycéens dans la mécanique journalistique en leur donnant des « clés » pour qu’ils écrivent leur « papier ». Qu’ils répondent à certains réflexes, à certains codes, et à une absolue véracité. Qu’ils comprennent qu’on ne rédige pas un article comme on écrit un post sur Instagram, une liste de course ou un compte-rendu d’Assemblée Générale. Que l’entretien n’est pas l’article de fond qui lui-même n’est pas la brève. Que tout est soumis à des règles. La journaliste est là pour leur apprendre à rechercher l’information, la vérifier, citer les sources, interroger qui de droit, rechercher le sens, confronter les points de vue, se questionner, douter, se relire, pour au final sortir un article fiable, lisible et compréhensible du lecteur. Tout un programme ! Qu’ils ont suivi sans rechigner.

Au-delà du journal

En cela, ce journal de chantier du Quai M a rempli plusieurs missions et non des moindres. La première, créer un journal papier de la 1ère de couverture à la 4 ème. Un objet réel, tactile certes, mais qu’on ne « screene » pas et dont on tourne vraiment les pages. A l’heure du tout numérique, il fallait le faire. Pari gagné.

La deuxième, faire vivre, grâce à du contenu, des interviews, des articles de fond, du récit, des anecdotes, le chantier de construction d’une scène culturelle d’une ville moyenne, de la première pierre à la dernière prise électrique posées, de la loge à la scène, des ouvriers aux artistes engagés sur le projet et ce, sur plusieurs mois et en dépit de quelques aléas dont notamment une pandémie mondiale. Il fallait le faire. Pari gagné.

La troisième, et peut-être la plus inédite et euphorisante, mettre ce projet entre les mains de lycéens qui, au départ, ne connaissaient rien au langage journalistique, mais qui s’en sont emparés, montrant au fil des semaines, une curiosité – composante inhérente du métier –, une envie, une certaine assurance, voire même pour certains  d’entre eux une libération face à l’écriture et sa cousine redoutée l’orthographe. Il fallait y penser. Pari presque gagné.

Presque car le travail de ces lycéens n’est pas encore tout à fait terminé. Il leur reste un dernier coup de collier à donner pour finir leur article et boucler le troisième et ultime numéro. Mais ils savent déjà que tout ce qu’ils auront appris à travers les rencontres organisées, les conseils prodigués, les échanges partagés, leur servira au-delà de la rédaction même de ce journal de chantier. D’ici quelques jours, ils en tourneront certes la dernière page mais avec un sacré bagage en poche.

Et ça, c’est ce qui s’appelle un pari réussi.