QU'EST-CE QUE T'AIMES AU QUAI M ?
Quand on y réfléchit, le Quai M c’est un équilibre. Une harmonie. Un accord entre un lieu, une proposition musicale, culturelle et un public. C’est ce dernier que nous avons décidé, ici, de mettre en avant. Tous les mois, on discute avec l’un ou l’une d’entre vous. Habitué·e fidèle ou spectateur·ice occasionnel·le. Et on se pose une question très simple. Qu’est-ce que t’aimes au Quai M ?
Quand Johann apparaît et s’installe, je me dis que j’aurais dû choisir une table moins petite et des sièges plus hauts. Le garçon est grand, longiligne. Ses jambes de coureur quasi quotidien ne vont jamais trouver leur place. Ses rotules vont immanquablement chatouiller son menton. Il ne sera pas à l’aise pour répondre à mes questions. Je m’en veux. Je lui demande s’il souhaite qu’on s’installe à un autre endroit. Il répond, dans un large sourire, que tout va bien. « On est au chaud, c’est le principal ». Il pleut des cordes dehors.
Johann est éducateur spécialisé à La Roche-sur-Yon. « J’ai beaucoup travaillé avec des adultes en situation de handicap. Aujourd’hui, je suis éducateur de prévention auprès de jeunes qui ont entre 11 et 25 ans. C’est une autre facette de mon métier. Je suis sur la réinsertion professionnelle, le soutien à la parentalité… C’est très intéressant. Très riche. Aucune journée ne se ressemble. Et je me trouve au cœur d’une problématique très actuelle, à ne surtout pas négliger, celle de la santé mentale de nos jeunes. Pour te donner un exemple, nous intervenons en ce moment en classe de 4ème et nous abordons notamment la question du vivre ensemble. C’est très enrichissant de voir comment cette nouvelle génération aborde la vie et les relations humaines à l’heure des écrans et des réseaux sociaux. C’est pas mal de boulot aussi. »
Adèle Fugère (AF) : Ton métier est prenant, notamment émotionnellement. As-tu, à côté, des soupapes de décompression ?
Johann Merrer (JM) : Oui. Et c’est vital pour me vider la tête. J’ai le sport. La course. J’ai la musique aussi.
AF : Et justement, quel est ton lien avec le Quai M ?
JM : Il remonte au Fuzz’Yon. À mes 20 ans. Je ne suis plus tout jeune (rires) ! Et ce n’était pas tant la musique que le fait de voir les copains. À l’époque, un de mes meilleurs potes y allait régulièrement. J’ai naturellement suivi. Le Fuzz’Yon a été, pour moi, un lieu de première sortie avec les amis. Et comme j’ai toujours aimé la musique, c’était à la fois un lieu de découverte artistique et de convivialité.
AF : Comment as-tu vécu la fin du Fuzz’Yon et le début du Quai M ?
JM : Quand j’y repense plutôt bien. Au point de devenir abonné et bénévole au Quai M alors que je ne l’étais pas du temps du Fuzz’Yon. Je me souviens d’ailleurs très bien le jour où j’ai mis pour la première fois les pieds au Quai M. J’ai été scotché par l’architecture du lieu. Extérieure et intérieure. Mais je dois quand même être honnête, j’ai aussi un peu flippé (rires).
AF : Pourquoi ?
JM : J’ai eu peur qu’on bascule dans quelque chose de beaucoup plus grand. De beaucoup plus gros. Peur que le Quai M, et ceux qui le composent, dénaturent cette ambiance familiale, de proximité, chaleureuse qui m’allait bien au Fuzz’Yon. Peur qu’on impose des choses. Que l’équipe n’ait plus les coudées franches pour la programmation. Je vais même te dire, être bénévole c’était, pour moi, une façon d’être vigilant à tout cela. Mais j’ai été très vite rassuré.
AF : Comment « consommes »-tu le Quai M aujourd’hui ?
JM : J’aime la découverte et je trouve que, de ce côté-là, on est plutôt bien servis.
AF : Mais comment choisis-tu tes concerts ?
JM : J’aime bien participer à la soirée de présentation de la programmation. Je fais « mon petit marché » entre les artistes que je connais et ceux qui me sont inconnus. Je suis très friand des concerts qui se déroulent dans le Club. J’aime ce lieu. C’est intimiste. C’est un petit cocon. Je ne suis pas du genre nostalgique mais ça me rappelle un peu le Fuzz’Yon. Le son y est excellent. C’est de la pure découverte. Et les billets sont très abordables. Mais je me suis aussi pris de grosses claques dans la grande salle. Meute, Feu! Chatterton, Thomas de Pourquery que je ne connaissais pas du tout. Le type a complètement retourné la salle. C’était fabuleux ! J’ai senti une réelle communion entre toutes les personnes présentes.
AF : On va parler de ton rôle de bénévole mais, en tant qu’amateur de musique, est-ce que tu as des habitudes au Quai M ? Des rituels ?
JM : Oui, mais je ne peux pas le dire (rires) !
AF : Pourquoi ?
JM : Parce que j’ai MA place.
AF : C’est-à-dire ?
JM : Dans la grande salle, j’ai MON endroit, Mon petit espace à moi pour profiter du concert. Il est parfait. Je suis grand. Je ne gêne personne. Je peux aussi un peu danser même quand il y a du monde. Et si je te le dis, on va me le piquer ! C’est comme les champignons. Tu ne dévoiles pas ton spot de champignons sinon tout le monde va y aller. Ben moi, au Quai M, j’ai mon spot de champignons. Donc, ne m’en veux pas, mais je ne vais rien te dire parce qu’elle est vraiment bien cette place !
AF : Je ne vais pas insister alors (rires) !
Tu aurais pu être juste quelqu’un qui profite d'un concert. Il s’avère que tu es aussi bénévole. Tu donnes de ton temps pour le Quai M. Pourquoi t’y investir ?
JM : Parce que le Quai M c’est au-delà de la musique. Je suis un garçon sociable. J’aime bien la rencontre. J’aime l’idée qu’en allant au Quai M je vais, certes, profiter d’un concert, découvrir de nouveaux sons ou voir un artiste que j’apprécie. Mais je vais aussi rencontrer des gens. Que je connais ou que je ne connais pas. En servant un verre au bar, je vais engager la conversation avec des personnes qui, peut-être, entrent pour la première fois dans cette salle et j’aime ce lien. Et puis, tu sais, j’ai aussi cette impression que je ne prends aucun risque à venir au Quai M. Dans tous les cas, ce n’est que du plaisir. Admettons que le groupe qui passe ne m’emballe pas. Ça peut arriver. J’aurai au moins fait une découverte. Je me serai fait ma propre opinion. Mais avant tout, j’aurai rencontré des gens. J’aurai fait une expérience avec d’autres. Je crois que c’est ça le plus important.
AF : As-tu un groupe ou un artiste que tu aimerais voir en concert au Quai M ?
JM : Pas spécialement. J’ai juste envie de profiter du prochain concert. J’aime l’idée que je vais y retourner. Je suis très conscient d’avoir de la chance. C’est quand même très agréable de se dire, qu’à seulement quelques kilomètres de chez moi, je peux découvrir des artistes de tous horizons, à un prix raisonnable - il ne faut pas l’oublier -, dans d’excellentes conditions, dans une salle à l’architecture assez insolite, ni trop grande, ni trop petite, et le faire entouré d’autres personnes. Je ne traine jamais des pieds quand je sais que je vais au Quai M.
AF : Et pour finir, si tu devais choisir trois mots pour qualifier le Quai M, quels seraient-ils ?
JM : Je vais me répéter mais je dirais d’abord « plaisir ». Ensuite « découverte ». Et enfin « chaleureux ».