Vie du Quai M Interview
 

QU'EST-CE QUE T'AIMES AU QUAI M ?

INTERVIEW DE LÉONIE PAR ADÈLE FUGÈRE

Mai 2026. 

Quand on y réfléchit, le Quai M c’est un équilibre. Une harmonie. Un accord entre un lieu, une proposition musicale, culturelle et un public. C’est ce dernier que nous avons décidé, ici, de mettre en avant. Tous les mois, on discute avec l’un ou l’une d’entre vous. Habitué fidèle ou spectateur occasionnel. Et on se pose une question très simple. Qu’est-ce que t’aimes au Quai M ?

Quand Léonie Faucher s’installe devant moi, elle a la timidité attachante des jeunes qui ne sont plus vraiment des ados et pas encore des adultes. Elle est souriante. Elle a les cheveux courts. En bataille. Elle ressemble à un oisillon tombé du nid. Elle pose sa besace sur le côté. Elle s’assoit juste au bord du fauteuil. Elle ne s’y enfonce pas. Elle se tient droite, prête à répondre à mes questions, même si je sens une certaine fébrilité dans la voix et dans le regard. 
Léonie n’a que 16 ans.
Mais Léonie commande un diabolo pêche. Pas un diabolo menthe. Ni un diabolo fraise. Je me dis qu’à travers ce choix, décalé, sous ses allures réservées, elle n’est pas une suiveuse. Elle sait ce qu’elle veut. Notre discussion en sera la confirmation.

Adèle Fugère (AF) : Léonie, tu as 16 ans. Tu es donc au lycée.

Léonie Faucher (LF) : Oui, au lycée Mendès-France à La Roche-sur-Yon. Je suis en Première LLCE (Langues, Littératures et Civilisations Etrangères) et HLP (Humanité, Littérature et Philosophie) avec Musique en spécialité.

AF : Donc tu passes le Bac de Français cette année…

LF : Oui…

AF : On en parle ?

LF : Non (rires)

AF : Parlons musique alors. Pourquoi avoir pris, au lycée, la spécialité « Musique » justement ?

LF : Parce que je suis musicienne. Je fais de l’alto (violon) depuis 8-9 ans au Conservatoire de La Roche-sur-Yon. 

AF : Comment as-tu découvert l’alto ?

LF : En primaire. Quelqu’un est venu jouer dans mon école. Et ça m’a plu. Depuis peu, je fais aussi du piano et de la guitare. En autodidacte. 

AF : Est-ce que cette appétence pour l’instrument de musique vient de tes parents ?

LF : Ils aiment la musique. Mon père est bénévole au Quai M. Mais ce ne sont pas des musiciens. En revanche, ils nous ont incité, mon frère et moi, à nous inscrire au Cyel. Mon frère y a fait des percussions. J’y apprends l’alto. Je vais suivre les cours jusqu’au Bac. Après… On verra si je continue. J’aime la guitare électrique. J’en fait depuis 3 ans. J’aimerais vraiment me perfectionner là-dedans.

AF : As-tu ta propre guitare ?

LF : Non. C’est celle de mon père. Elle prenait la poussière. C’est comme ça que j’ai commencé.

AF : J’ai l’impression que la musique, c’est très sérieux pour toi. 

LF : Oui, j’aime jouer d’un instrument. Et j’ai envie de travailler et d’évoluer dans ce milieu. Après le Bac, je veux faire une License de Musicologie à Tours. 

AF : Parlons du Quai M si tu le veux bien. Quel est ton premier contact avec la salle ?

LF : Je suis allée au concert d’ouverture avec mes parents. C’est comme ça que ça a commencé. 

AF : Qu’est-ce que tu t’es dit à l’époque ?

LF : Je me suis dit que c’était une bonne nouvelle. Que c’était bien qu’une salle de concert, spécialisée dans les musiques actuelles, s’ouvre à La Roche-sur-Yon parce que ce n’est pas une grande ville comme Nantes. Je trouvais que ça bougeait. Et puis, je me suis dit que c’était pratique. Le Quai M n’était pas loin de chez moi. Je pouvais y aller en vélo (rires).

AF : Ma question est un peu triviale mais comment « consommes-tu » le Quai M aujourd’hui ?

LF : Je vais voir pas mal de concerts avec un groupe d’ami·es. Un petit noyau d’habitué·es. Je suis abonnée au compte Instagram du Quai M pour me tenir au courant de sa programmation. Quand quelque chose m’intéresse, j’en parle aux autres. On en discute. Et souvent, on y va.

AF : Comment choisis-tu les artistes que tu vas voir ?

LF : J’aime la découverte. Donc c’est très ouvert. Je ne suis pas liée à un style en particulier même si j’aime beaucoup le jazz pour sa liberté d’exécution et son improvisation. J’apprécie aussi le rock et notamment celui des Dynamite Shakers

AF : Dont les membres ne sont pas beaucoup plus vieux que toi d’ailleurs…

LF : …Oui. Comme Pomme. Je l’ai vue et j’ai pris une claque. J’ai aussi un grand souvenir de Wallace Cleaver. J’aime voir des artistes au Quai M parce que j’ai l’impression d’apprendre des choses.

AF : C’est-à-dire ?

LF : J’aime l’accoustique de la salle Delta. Je suis de plus en plus attentive à la qualité du son. Et je trouve qu’on est bien servis de ce point de vue-là. Mais j’aime également la jauge. Ni trop grande, ni trop petite. Elle permet de ne pas être trop loin de la scène et des artistes. Et donc je regarde et j’apprends. Je me mets souvent en bas, à droite, dans la fosse. Ça me permet de voir quel matériel les artistes utilisent. Quels instruments ils choisissent. De me concentrer sur l’ampli, la pédale, sur la façon de jouer d’une guitare. De voir, de près, comment les doigts son placés, comment ça gratte. J’apprends. En profitant d’un concert.

AF : Il existe au Quai M des scènes lycéennes qui permettent à des artistes et des groupes de lycéen·nes de se produire. Les connais-tu ?

LF : Oui. Et justement, on a créé un groupe au lycée avec des ami·es pour pouvoir se produire au Quai M dans le cadre de ses scènes. On s’appelle Offset. Je suis la guitariste. Il y a une bassiste. On est toutes les deux en Première. Il y a une Terminale au chant. Se sont ajoutés deux Seconde au piano et à la batterie. J’aime jouer en groupe. J’aimerais bien qu’Offset continue après le lycée.

AF : Et se produire sur une vraie scène, dans une vraie salle dédiée à la musique, ça fait quoi ?

LF : C’est super. Impressionnant aussi. La dernière fois, la salle était pleine. Et puis il faut être bons. Il faut bien faire les choses. Mais ce n’est pas QUE la scène. Il y a tout ce qu’il y a autour. On a eu la chance de pouvoir répéter dans les studios du Quai M, en amont du concert, pour nous préparer.

AF : Comment connais-tu l’existence de ces studios de répétition ?

LF : Le lycée Mendès-France a un partenariat avec la SMAC. C’est comme ça qu’on a su qu’on pouvait utiliser les studios. Et très simplement, on s’est inscrit·es. Quand on a vu les conditions dans lesquelles on pouvait travailler et répéter, on était plus que ravi·es. D’ailleurs, on compte bien les utiliser encore.

AF : Léonie, tu as 16 ans. Si tu vas régulièrement au Quai M c’est que tu y trouves ton compte. Mais est-ce que tu aimerais que la programmation parle un peu plus à ta génération ?

LF : On est un petit groupe de copain·es. On aime cette programmation parce qu’on découvre de nouveaux sons et de nouveaux·elles artistes. Mais c’est vrai qu’on est des ovnis (rires). La moyenne d’âge en concert au Quai M est beaucoup plus élevée, excepté dans le cas des scènes lycéennes. Je ne dirais pas non sur une programmation un peu plus en phase avec ma génération mais sans gommer ce qui existe déjà.

AF : Est-ce que tu as des concerts prévus dans les prochains mois au Quai M, et si oui lesquels ?

LF : Je regarde un peu ce qu’il y a la rentrée. J’ai un Bac de Français à passer avant…

AF : Pour finir, si tu devais choisir 2 ou 3 mots pour qualifier le Quai M, quels seraient-ils ?

LF : (Léonie lève la tête et réfléchit). Je dirai « convivial » et « expérience ». J’ai un peu l’impression que le Quai M me nourrit.

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