QU'EST-CE QUE T'AIMES AU QUAI M ?
Mars 2026
Quand on y réfléchit, le Quai M c’est un équilibre. Une harmonie. Un accord entre un lieu, une proposition musicale, culturelle et un public. C’est ce dernier que nous avons décidé, ici, de mettre en avant. Tous les mois, on discute avec l’un ou l’une d’entre vous. Habitué fidèle ou spectateur occasionnel. Et on se pose une question très simple. Qu’est-ce que t’aimes au Quai M ?
J’ai su que Marie était entrée dans le café avant même de lever la tête. J’ai entendu son pas. Énergique. Ancré dans le sol. Marie, c’est de l’air qui s’engouffre dans une pièce. Quelque chose de frais. Enjoué. Elle a secoué son parapluie plein de pluie. Elle s’est installée en face de moi. Je l’ai sentie un peu nerveuse. Répondre à des questions n’est pas chose facile. J’ai balancé une boutade. Elle a ri. Elle en a balancé une autre. J’ai ri. Et toute l’interview s’est passée ainsi.
Marie a 49 ans. Elle est comptable. Dans le social. Elle habite La Roche-sur-Yon depuis plus de 20 ans. Le pentagone, elle connait bien. Elle l’arpente. Tous les jours. À pied. « J’ai cette chance de pouvoir aller au travail sans prendre la voiture. Je ferme la porte de la maison. Je mets ma musique dans les oreilles. Et je marche. »
Adèle Fugère (AF) : Justement, quel est ton rapport à la musique ?
Marie Pottier (MP) : Il est quotidien. J’en écoute beaucoup. J’aime beaucoup l’Électro mais j’ai vraiment de tout dans ma playlist. Je crois même que j’ai du Mireille Mathieu (rires) ! Je ne pourrais pas m’en passer. De musique. Pas de Mireille Mathieu. Et puis j’ai deux grands enfants. C’est l’un des meilleurs moyens, selon moi, de découvrir de nouvelles choses. De nouveaux sons.
AF : Tu es curieuse de ce qu’ils écoutent ?
MP : Oui. Ça m’a toujours intéressé. Et c’est réciproque. Je fais ça depuis qu’ils sont tous petits. Pendant les trajets en voiture notamment. Ils me font écouter leur musique et je leur fais écouter la mienne. Mon fils a du Charles Aznavour dans sa playlist grâce à moi !
AF : Ça fait donc plus de 20 ans que tu habites La Roche-sur-Yon. Est-ce que tu allais au Fuzz’Yon avant que le Quai M ne se construise ?
MP : Je connaissais de nom. Mais je n’y suis jamais allée. Je venais d’être maman. Mes enfants étaient petits. Et ça prend du temps. Il faut les faire garder… Donc, je suis passé un peu à côté.
AF : Si je comprends bien, l’arrivée du Quai M correspond au moment où tes enfants ont pu se garder tous seuls.
MP : Exactement. Et ça va te paraitre bizarre mais c’est aux Journées du Patrimoine que j’ai pris conscience qu’une salle de concert allait se construire à La Roche-sur-Yon. Je me souviens m’être dit que ça allait être bien. Ce qui me plaisait c’est que c'était une salle entièrement, complètement, intégralement dédiée à la musique. Pas quelque chose d’hybride. Je me suis abonnée très vite.
AF : Ça veut dire que tu es allée au Quai M dès son ouverture ?
MP : Si ce n’est pas à l’ouverture-même, en tout cas très tôt. Même chose pour les présentations de programmation. Lire les noms des artistes qui passent, c’est très bien. Mais dans la grande majorité des cas, à part quand tu connais vraiment bien l’artiste comme Feu Chatterton ou Pomme, c’est de la pure découverte. En tout cas en ce qui me concerne. Cette présentation m’aide beaucoup. À choisir. À me laisser tenter. Même dans la prescription. Lors de la présentation, le directeur (Benoît Bénazet) dit souvent « si vous appréciez ça, vous aimerez ça ». Ça ouvre des portes sur d’autres sons. D’autres courants artistiques. Et c’est plutôt plaisant.
AF : Tu fais, en quelque sorte, ton petit marché ?
MP : C’est ça. J’y vais. J’écoute. Je coche. Je rentre à la maison. Je prends deux places. Pour moi et mon mari. Il est toujours partant et me fait confiance. Et quand il ne peut pas venir. J’y vais avec une copine.
AF : Justement, as-tu fait découvrir le Quai M à d’autres personnes ?
MP : Oui. Et notamment ma fille. On est allées voir Jain. C’était son cadeau de Noël. Elle a adoré. L’artiste. Et le lieu. Depuis, c’est devenu une habitude d’échanger sur la programmation du Quai M avec elle. Je suis heureuse de savoir que le premier concert qu’elle a fait a eu lieu à la maison.
AF : À la maison ?
MP : Presque oui. Je vais au Quai M à pieds ! Tu te rends compte ?! La seule fois où j’y suis allée en voiture, je me suis fait dézinguer mon rétroviseur (rires) ! Autant te dire que je préfère la marche. Et je suis très consciente que c’est un vrai luxe. Porte à porte, je suis à 15 minutes. J’arrive juste un peu avant le concert. Je rentre dans la salle. Je profite de 2 heures de musique. Je coupe complètement avec le reste de ma journée. Je sors de la salle. Je marche 15 minutes. Et je suis à la maison. J’ai beaucoup de chance d’avoir le Quai M près de chez moi.
AF : Au-delà de cette proximité géographique pratique, que penses-tu du lieu ?
MP : Le Quai M c’est une expérience musicale avant tout. Et je voudrais insister sur la qualité du son. Le son est vraiment excellent. Je peux le dire aisément que le premier concert que j’ai fait au Quai M, je n’ai pas du tout aimé l’artiste (rires) ! Je n’ai pas du tout été convaincue. Mais le son était bon. Ça rattrape. Et j’aime le lieu. Le fait de pouvoir boire un verre sur les terrasses aux beaux jours. Le fait de croiser une tête que tu connais. Ce côté cocon. Ça va peut-être te paraitre être un détail mais les murs de la salle Delta sont foncés, presque noirs. Ça créé une certaine intimité. Comme si on était dans un nid. C’est ni trop grand. Ni trop petit. C’est vraiment la taille de la salle idéale pour profiter d’un concert, en tout cas pour moi. Je ne me sens pas noyée dans la masse. Je ne me sens pas perdue. Il y a un côté "belle soirée d’anniversaire » (rires). Je ne sais pas comment le dire autrement. À chaque fois que je vais voir un concert au Quai M, j’ai l’impression d’être dans l’émission Unplugged sur MTV. Tu te souviens ?
AF : Ça ne nous rajeunit pas mais je me souviens très bien. Notamment le concert de Nirvana…
MP : Exactement. Il y a, au Quai M, cette sensation du concert privé. Aime Simone, je pouvais presque le toucher. Même chose pour Arthur Teboul de Feu! Chatterton. Il n’y a qu’au Quai M que je peux voir, avec mes yeux, les petits signes entre les musiciens, la connivence, les sourires, les verres de d’eau, de bière ou de vin posés au pied des micros. Et pourtant, je ne mets pas en bord de scène.
AF : Où te mets-tu ? Tu as des habitudes ?
MP : Je ne vais pas à l’étage. J’aime bien être sur les « gradins » du bas. C’est un peu plus haut que la fosse. Ça me permet d’être dans la foule sans l’être vraiment.
AF : Y a-t-il un concert qui t’a marqué plus qu’un autre ?
MP : Astéréotypie (groupe post-punk composé de chanteurs et poètes neuroatypiques. Certains membres sont journalistes pour le journal papier et le rendez-vous télévisuel Le Papotin). Il y avait tout lors de ce concert. L’énergie, l’authenticité et le naturel des artistes sur la scène. Des textes très directs, très beaux. Et puis le plaisir presque palpable du public. C’était très fort ce soir-là.
AF : Est-ce que ça veut dire que le Quai M est devenu, en tout cas pour toi, une référence de la « bonne » salle ?
MP : Clairement. Ça m’arrive parfois d’aller dans des concerts ailleurs. Dans d’autres lieux et d’autres salles. Et je compare toujours avec le Quai M. Sans le vouloir, il a mis la barre très haut. Le Quai M est devenu une sorte d’étalon-or de l’expérience musicale idéale en salle (rires) !
AF : Le prochain concert au Quai M, c’est quoi ?
MP : Sam Sauvage (samedi 10 octobre 2026). On en parle pas mal en ce moment. Je ne connais pas très bien. Je vais faire ma curieuse. Et puis je ne sais pas, je sens que le garçon peut aller loin. C’est aussi ça le Quai M. Avoir la possibilité de découvrir des artistes avant qu’ils n’explosent et fassent des salles plus grandes.
AF : Dernière question, si tu devais résumer le Quai M en 3 mots, quels seraient-ils ?
MP : À taille humaine. Qualité du son. Et convivialité. Mais ça ne fait pas 3. Ça fait 7.